Addiction: comment en parler?

hypnose addiction macon
Différentes formes d’addiction

Aujourd’hui, j’aborde un sujet un peu spécifique: comment  s’y prendre pour aider un proche à sortir d’une addiction?

 

Une personne qui vous est chère est prise dans une dépendance et vous ne savez pas quoi faire pour l’aider à s’en sortir.

Vous observez son comportement depuis un moment et vous sentez qu’il y a un vrai problème.

Peut-être que vous avez essayé de lui parler mais la personne évite le sujet ou nie la réalité, minimise la situation, se met en colère et vous reproche de la harceler?

Vous voyez quelqu’un que vous aimez en train de s’enfoncer et vous ne savez plus quoi faire?

Vous avez l’impression d’avoir tout essayé mais la situation continue de vous échapper..

C’est un sujet délicat à aborder et il y a des nombreuses configurations. Il peut s’agir d’un parent, de votre enfant ou de votre conjoint ou encore d’un ami.  Chaque situation est unique et il y a des similitudes entre toutes ces configurations.

 

 

Addiction: de quoi on parle?

 

Le terme addiction est assez général.

Une addiction se définit généralement comme la dépendance d’une personne à un produit ou à une activité qui procure du plaisir.

Il peut s’agir de la « simple » addiction à la caféine, d’alcoolo-dépendance, d’addiction au smartphone, au jeu ou à la pornographie.

Oui, ça existe, la dépendance au smartphone, avec des vrais risques aux niveaux psychologique et relationnel.

D’une certaine manière, même la cleptomanie ou la pyromanie peuvent être considérées comme des addictions.

Chaque addiction a ses fonctionnements et ses codes. Il y a des points communs entre les différentes formes d’addiction: la recherche compulsive du plaisir, l’isolement, l’incapacité à accomplir des tâches importantes, la perte de contrôle, l’augmentation de la tolérance au produit concerné, le syndrome de sevrage, c’est-à-dire l’état de malaise en cas de privation du produit ou de l’activité.

Il arrive fréquemment  que différentes addictions se cumulent: par exemple,téléphone+ internet+ réseaux sociaux+ jeux en ligne + pornographie + sites de rencontre

ou bien tabac+hashish+caféine+alcool+tranquillisants

La ligne est mince entre une consommation occasionnelle récréative et une conduite à risques. En fonction de sa culture ou de ses valeurs personnelles, on peut juger qu’une conduite est normale ou qu’elle est marginale.

Et bien souvent, du point de vue de la personne dépendante, sa conduite est normale.

Parce que si vous faites quelque chose tous les jours pendant des années, ça devient normal.

Quelqu’un qui s’arrête au bistrot du coin pour boire 2 ou 3 bières avant de rentrer chez lui et prendre 1 ou 2 ricards avant de passer à table avec 1 ou 2 verres de vin.. Si il fait ça tous les jours, pour lui, c’est normal.

Pour évaluer le niveau d’addiction de la personne, vous pouvez utiliser une échelle avec des critères objectifs comme celle de l’association des psychiatres américains:

 

Les 11 Critères diagnostics  de l’American Psychiatric Association

  • Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance ou de jouer (craving)
  • Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ou au jeu
  • Beaucoup de temps consacré à la recherche de substances ou au jeu
  • Augmentation de la tolérance au produit addictif
  • Présence d’un syndrome de sevrage, c’est-à-dire de l’ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la consommation ou du jeu
  • Incapacité de remplir des obligations importantes
  • Usage même lorsqu’il y a un risque physique
  • Problèmes personnels ou sociaux
  • Désir ou efforts persistants pour diminuer les doses ou l’activité
  • Activités réduites au profit de la consommation ou du jeu
  • Poursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiques

Présence de 2 à 3 critères : addiction faible
Présence de 4 à 5 critères : addiction modérée
Présence de 6 critères ou plus : addiction sévère

 

Plus spécifique pour l’alcool, ce test en ligne est très pertinent (Comme il s’agit d’un site belge, cochez la case « je vis à l’étranger »)

 

Ces tests sont des indicateurs; ils ne se substituent pas à un diagnostic médical.

 

En plus du « niveau » d’addiction, il y a d’autres paramètres à prendre en compte: s’agit-il d’une addiction légale ou illégale? S’agit-il d’un comportement solitaire ou est-ce que ça fait partie d’un rituel social? Est-ce une addiction moderne (smartphone, réseaux sociaux) ou plus traditionnelle (alcool, tabac).

Une dépendance légale comme l’alcool ou les benzodiazépines , est parfois plus difficile à gérer qu’une dépendance à un produit illicite (cocaïne, héroïne). L’alcool est encouragé socialement et les benzodiazépines sont présentés comme des remèdes. Les croyances qui sont associées à ces produits rendent la dépendance profonde et complexe.

 

Avec les addictions modernes (internet et smartphones), on rencontre un problème particulier: il n’y a pas de codes sociaux par rapport à ces comportements qui n’existent que depuis quelques années. Pour un alcoolique, par exemple, il y a une échelle de valeur. Il y a une certaine normalité qui permet de dire si la personne est en train de dériver.

Tandis qu’avec l’internet ou les portables, il n’y a pas de normalité. Il n’y a pas encore de comportement standard. Qui peut dire si c’est normal de jouer pendant 12 heures d’affilée ou de vérifier son facebook toutes les 10 minutes pour voir s’il y a des likes? La notion de normalité est subjective mais ça reste un argument puissant pour faire prendre conscience d’un problème.

 

hypnose alccol
Un exemple de communication archaïque et inefficace

Aider un proche à sortir d’une addiction: comment communiquer

 

 

Pour communiquer efficacement avec une personne addict, la première chose à faire est de définir le message que vous voulez faire passer.

C’est important de comprendre que la personne ne va pas arrêter simplement parce que c’est ce que vous voulez.

Elle n’a peut-être même pas conscience de son problème.

Le comportement addictif n’a rien de rationnel et les arguments logiques n’ont aucun effet.

Il y a un certain nombre de questions à se poser avant d’entamer ce genre de discussion à propos d’une addiction: pour qui c’est un problème et en quoi c’est un problème? Et qu’est-ce que vous attendez précisément? Et qu’est-ce que vous comptez faire si la personne refuse de répondre à vos attentes? Pourquoi c’est important pour vous et en quoi le fait de sortir de cette addiction pourrait améliorer la vie de votre enfant/conjoint/ami/parent? Qu’est-ce qui vous inquiète précisément? Sur quels éléments concrets pouvez-vous baser votre argumentation?

Vous devez aussi évaluer votre niveau de tolérance à l’addiction de l’autre personne. Qu’est-ce que vous êtes prèt(e) à accepter? Jusqu’où vous pourrez aller?

Si vous êtes prèt(e) à tout pour l’aider, c’est important de lui dire car c’est un soutien énorme.

Le principe, c’est de rester factuel et dans une intention bienveillante. L’objectif, c’est d’aider la personne, pas de l’enfoncer.

Par exemple on évitera toute forme de communication violente du genre « tu sens ENCORE la vinasse, tu me dégoutes ». Je force volontairement le trait mais vous saisissez l’idée. On évite de braquer la personne en l’agressant.

Vous pouvez dire par exemple « Je peux me tromper mais l’ai l’impression qu’il y a un problème et je m’inquiète. Hier, quand tu es rentré du travail, j’ai remarqué que tu étais un peu chargé. Ce n’est pas grave en soi mais c’était déjà le cas avant-hier et la semaine dernière et depuis trois mois environ. . J’aimerais qu’on en parle »

C’est ce qu’on appelle de la communication non violente. Il s’agit de suivre les étapes suivantes:

-décrire ce que vous ressentez

-énoncer des faits et non des interprétations

-formuler une demande précise

En évitant toute forme de menace ou de chantage et tout ce qui peut faire monter le niveau d’anxiété de la personne.

Vous pouvez vous inspirer de cette conférence de l’excellent Marshall Rosenberg « éduquer sans punition ni récompense »

Je le répète, une addiction n’est pas quelque chose de rationnel et très peu de gens addict ont conscience d’avoir un problème. La personne dépendante vit généralement dans le déni ou dans la honte par rapport à sa situation. Une attaque frontale ne ferait qu’empirer les choses.

Si la personne est prise dans une addiction, c’est qu’elle a  des difficultés pour gérer ses émotions, son stress, ses contraintes. En lui mettant la pression, on rajoute de la contrainte et on augmente le besoin de compensation.

C’est à dire que bien souvent, avec les meilleures intentions du monde, on peut obtenir l’inverse de l’effet désiré. L’addict se sent accablé de reproches, harcelé et incompris. Il finit par vous percevoir comme une source de stress.

Est-ce que ça  veut dire qu’on ne peut rien faire pour aider une personne dans cette situation?

Si, on peut aider dans un certain cadre. Il y a un équilibre à trouver entre s’impliquer et trop s’impliquer.

Trop s’impliquer, ça veut dire que si vous êtes rongée par l’inquiétude (ce qui est tout à fait compréhensible), la personne perçoit qu’elle est une source de stress pour vous. Et c’est une gymnastique mentale difficile: pour qu’une situation puisse changer, il faut commencer par l’accepter.

Accepter la personne telle qu’elle est, c’est le premier pas pour lui donner quelque chose à quoi se raccrocher. C’est une composante essentielle des addictions: l’addict a tendance à se dévaloriser et à se sous-estimer. Il a plus besoin qu’on mette en avant ses qualités que son incapacité à se prendre en main.

 

Communiquer autour de l’addiction: étapes et postures

 

Je l’ai dit, avant de communiquer, définissez toujours un objectif de communication, précisez dans votre esprit le message que vous voulez faire passer. En respectant le rythme de votre interlocuteur.

En PNL, on parle de synchronisation. Il s’agit de se mettre à la place de la personne, d’accepter sa logique sans la remettre en question, sans la contredire. Ca parait difficile mais plus vous arrivez à écouter l’autre et plus vous obtiendrez son attention en retour.

Si vous partez du principe que l’autre a tort, ça influera sur votre communication et il ne vous écoutera pas.

Observez comment c’est quand deux personnes ne sont pas d’accord et qu’elles essayent de se convaincre: les arguments sont de plus en plus fallacieux et les deux parties campent sur leurs positions.

Rappelez vous toujours que ce qui est un problème pour vous n’est pas forcément un problème pour l’autre

La personne dépendante est responsable de ce qu’elle fait mais elle n’est pas responsable de ce que vous ressentez.

Ce que vous ressentez vous appartient et personne n’est responsable de vos attentes.

Je suis bien conscient que c’est extrêmement difficile à accepter mais si vous voulez faire évoluer la situation, vous allez devoir communiquer d’une manière qui est contre-intuitive pour la plupart des gens.

Combien de fois j’ai entendu ça: « je n’arrête pas de lui dire d’arrêter de //// mais il ne m’écoute pas ». C’est normal. Personne n’a envie d’écouter ça. La communication, ça s’apprend et ça se travaille.

Pour mettre toutes les chances de votre coté:

-Restez factuel et bienveillant. Evitez les jugements de valeur, évitez de penser en terme de bien ou de mal.

-Toujours y aller par étape et garder son objectif en tête:

La première étape, c’est de demander à la personne de se rendre disponible pour parler de ce sujet précis et fixer une date/heure. On ne parle pas de ça entre la poire et le fromage et bien sûr, on attend le moment propice, c’est à dire pas quand la personne est défoncée ou en pleine crise de manque.  Il vaut mieux attendre que la personne soit calme et lucide pour avoir des chances d’être entendu.

Ensuite, l’objectif, c’est que la personne prenne conscience de son problème. Si elle a conscience de son problème, elle a des chances de s’en sortir. Votre objectif ne doit pas être de la sortir de son addiction mais de lui en faire prendre conscience. Alors, elle pourra s’en sortir.

-Avoir un « dossier » bien ficelé et anticiper toutes les objections de votre interlocuteur pour les contrer avant qu’il ne les formule, et tout ça sans avoir l’air de  diriger un interrogatoire. Votre interlocuteur aura toujours un contre-argument, parfois il mentira ou se mettra en colère pour mettre fin à une discussion embarrassante. Si la discussion dégénère, laissez filer et attendez la prochaine occasion.

-éviter les leviers de manipulation classiques: menace, chantage affectif, culpabilité « tu te rends compte de ce que tu me fais subir? Si tu m’aimais vraiment, etc.. »

-Posez vous les bonnes questions: si la situation ne devait jamais changer, qu’est ce que vous feriez? Combien de temps d’attente êtes vous prêt(e) à supporter?  Si je pouvais vous prouver par A+B que la situation ne changera pas, décidez vous de l’accepter ou de la refuser?

-Rappelez vous toujours que ce n’est pas votre faute. Vous n’avez rien fait pour créer cette situation. Chacun prend ses propres décisions et vous n’êtes pas responsable.

-Ne lui demandez jamais de s’engager à quoi que ce soit. Si la personne a le déclic, elle fera ce qu’il faut. Peu de personnes dépendantes ont le déclic mais une désintox contraint et forcé, c’est pire que tout. A long terme, ça fait plus de dégâts que l’addiction elle-même. La rechute est souvent inévitable et les conséquences sont désastreuses. Même si dans beaucoup de cas, il ne reste pas beaucoup d’alternatives à un internement de force. Tant qu’on peut l’éviter, il vaut mieux l’éviter.

-Tenez toujours compte des arguments de votre interlocuteur. Ne le contredisez pas, ne cherchez pas à imposer votre point de vue. Dans un premier temps, cherchez à établir une communication et un rapport de confiance.

 

 

hypnose drogue
Etre addict: solitude et isolement

 

 

Communication et posture

Votre posture, c’est à la fois votre attitude, le rôle que vous tenez et la place que vous avez dans la vie de la personne que vous voulez aider.

Vous pouvez être le parent, l’enfant, le conjoint, l’ami. Et la logique voudrait que vous agissiez en tant que tel.

Par exemple, si votre mère a tendance à forcer sur les mélanges d’alcool et de tranquillisants, vous pouvez être tenté d’inverser les rôles et de devenir le parent de votre parent. Ce qui est la pire configuration qu’on puisse imaginer.

Pour que votre communication soit efficace, vous avez intérêt à rester dans votre cadre. Si vous êtes le conjoint, parlez en tant que conjoint et rappelez à votre interlocuteur qui vous êtes « Je te dis ça en tant que ta femme, ton fils, ton père, parce que tu es mon ami.. »

Au niveau de votre attitude, l’idéal est d’être dans un schéma adulte-adulte. Même si vous parlez à votre enfant.

Parlez comme un adulte qui parle à un adulte.

 

 

Le rôle que vous tenez est déterminant: en tant que conjoint, parent, enfant, ami, vous êtes un membre de la famille, vous n’êtes pas perçu comme un thérapeute ou comme quelqu’un qui peut apporter une solution au problème.

Votre rôle est limité à un certain cadre, celui de la famille. Votre rôle, c’est d’aimer la personne, de l’accepter, de la soutenir, de l’encourager mais pas de la soigner ou de l’accompagner dans la résolution de son addiction.

Ca c’est le rôle des professionnels que la personne pourrait avoir envie de contacter si elle décide de s’en sortir.  Vous pouvez proposer, vous pouvez dire que vous avez entendu parler de telle personne qui peut l’aider .

Mais le choix ne vous appartient pas.

J’entends souvent ça quand je parle de mon activité avec les gens « Ah vous êtes hypnotiseur? Je vais vous envoyer mon mari, j’aimerais bien qu’il arrête de (fumer, boire, sniffer..) »

Mais c’est une démarche qui doit être personnelle et volontaire.

On ne peut pas aider une personne qui ne veut pas être aidée.

Evitez de donner des conseils ou de dire ce que vous feriez à sa place. Ces situations sont toujours plus complexes qu’elles n’y paraissent vues de l’extérieur.

 

Enfin, si vous avez du mal à communiquer ou si vous êtes à court de solution, une bonne approche c’est d’entrer en contact avec quelqu’un qui a réussi à sortir du même genre d’addiction. Un exemple vivant d’une personne qui a pu s’en sortir peut suffire pour avoir le déclic.

 

 

 

Le mot de la fin

J’espère que cet article vous aide à y voir plus clair. Voir un proche sombrer dans une addiction, c’est éprouvant à tous les niveaux . Mais il y a toujours des possibilités. Mon dernier conseil serait d’avoir confiance. Faites confiance à la personne et montrez-lui que vous lui faites confiance.

Si vous arrivez à avoir confiance dans ses capacités, elle pourra s’imprégner de cette confiance et de l’idée que c’est possible de s’en sortir.

 

Merci de votre attention

 

Bonne soirée et bonne chance dans vos démarches

 

Emmanuel